Le rôle des gares régionales dans le développement du tourisme en Aquitaine

# Le rôle des gares régionales dans le développement du tourisme en Aquitaine

L’Aquitaine, désormais intégrée au sein de la grande région Nouvelle-Aquitaine, constitue un territoire emblématique où le ferroviaire joue un rôle déterminant dans l’accessibilité touristique. Avec ses 720 kilomètres de façade atlantique, ses vignobles mondialement reconnus et son patrimoine culturel exceptionnel, cette région attire chaque année des millions de visiteurs. Les gares régionales, véritables portes d’entrée vers ces destinations prisées, se transforment progressivement en pôles d’échange multimodaux capables de répondre aux nouvelles attentes d’une clientèle touristique en quête de mobilité durable. Dans un contexte où le tourisme génère environ 11% des émissions de gaz à effet de serre en France, la question du transport ferroviaire devient cruciale pour la transition écologique du secteur. Les infrastructures ferroviaires aquitaines s’inscrivent ainsi dans une dynamique de valorisation territoriale, combinant modernisation des équipements, diversification des services et création de synergies avec les acteurs du tourisme local.

Architecture ferroviaire et accessibilité multimodale des pôles d’échange aquitains

Les gares régionales d’Aquitaine connaissent depuis une décennie une profonde mutation architecturale et fonctionnelle. Ces infrastructures, souvent centenaires, se réinventent pour devenir de véritables plateformes de mobilité intégrée, facilitant les correspondances entre différents modes de transport. Cette transformation répond à un enjeu majeur : permettre aux touristes de poursuivre leur voyage de manière fluide une fois descendus du train, en levant la barrière psychologique du « dernier kilomètre » qui dissuade encore trop souvent les visiteurs d’opter pour le rail.

Modernisation de la gare de dax et connexion avec les thermes

La gare de Dax illustre parfaitement cette évolution. Station thermale de renommée nationale accueillant plus de 50 000 curistes annuellement, Dax a bénéficié d’importants travaux de rénovation visant à améliorer l’accueil des visiteurs. L’aménagement d’un parvis piétonnier connecté directement aux principaux établissements thermaux par des navettes électriques a considérablement simplifié l’accès aux soins. Des bornes d’information tactiles proposent désormais des itinéraires personnalisés vers les différents centres de cure, tandis qu’un service de consigne sécurisé permet aux curistes de stocker leurs bagages durant leurs traitements. Cette approche intégrée a permis d’augmenter de 18% la fréquentation ferroviaire liée au thermalisme entre 2018 et 2023.

Intermodalité TER-autocars au départ de la gare de Mont-de-Marsan

Mont-de-Marsan, préfecture des Landes, a développé un système d’intermodalité particulièrement performant. La gare accueille une plateforme d’autocars départementaux qui dessert l’ensemble du territoire landais, incluant des destinations touristiques majeures comme la réserve naturelle du courant d’Huchet ou les arènes de Dax. Un système de billettique unifiée permet aux voyageurs d’acheter en une seule transaction leur titre de transport combinant TER et lignes d’autocars, avec des correspondances garanties. Cette coordination des horaires entre rail et route s’avère particulièrement efficace durant la saison estivale, lorsque la fréquentation touristique atteint son apogée. Les statistiques montrent que 32% des touristes empruntant le TER à Mont-de-Marsan utilisent ensuite

une correspondance par autocar pour rejoindre leur destination finale, preuve que la gare joue pleinement son rôle de hub pour l’ensemble du département. Pour le voyageur, cette fluidité se traduit par une réduction significative du temps d’attente et par une meilleure lisibilité de l’offre, grâce à une signalétique commune et à des écrans d’information partagés entre SNCF et réseau routier. Pour les territoires ruraux landais, longtemps dépendants de la voiture individuelle, cette intermodalité TER-autocars ouvre de nouvelles perspectives de fréquentation touristique, y compris hors haute saison. En agissant comme une véritable « plaque tournante », la gare de Mont-de-Marsan contribue ainsi à rééquilibrer les flux touristiques au bénéfice de l’arrière-pays.

Aménagements cyclables et services de location à la gare de Sarlat-la-Canéda

À Sarlat-la-Canéda, porte d’entrée emblématique du Périgord Noir, la gare régionale a été pensée comme un point de départ naturel pour les mobilités douces. Des aménagements cyclables sécurisés relient directement le parvis de la gare à la voie verte de la Vallée de la Dordogne et aux principaux sites patrimoniaux de la ville. Des parkings à vélos couverts, équipés de dispositifs d’accrochage longue durée, permettent aux touristes de laisser leur matériel en toute sérénité, que ce soit pour une visite rapide du centre historique ou pour un séjour plus long.

En complément, plusieurs opérateurs de location de vélos et VAE (vélos à assistance électrique) se sont implantés à proximité immédiate des quais. Vous arrivez en TER avec un simple sac à dos et souhaitez explorer la campagne périgourdine sans voiture ? En quelques minutes, vous pouvez louer un vélo, télécharger une trace GPS fournie par l’office de tourisme et partir sur un itinéraire balisé vers les châteaux de la vallée ou les marchés gourmands. Cette intégration fine entre desserte ferroviaire et cyclotourisme répond à la demande croissante de séjours bas carbone, tout en offrant une expérience immersive au plus près des paysages.

La gare de Sarlat-la-Canéda illustre aussi un enjeu clé : transformer un simple point d’arrivée en porte d’entrée expérientielle. Des panneaux d’interprétation touristique, installés sur le parvis, présentent les grands thèmes du territoire (pré-histoire, gastronomie, patrimoine médiéval) et invitent les voyageurs à prolonger leur séjour. À terme, l’objectif est de faire de chaque gare structurante une « station de départ » pour les itinérances douces en Nouvelle-Aquitaine, à l’image des gares alpines pour la randonnée.

Navettes maritimes depuis la gare d’arcachon vers le bassin

Sur le littoral, la gare d’Arcachon constitue un autre exemple emblématique de pôle d’échange multimodal tourné vers le tourisme. Située à quelques minutes à pied du front de mer, elle est reliée aux embarcadères du Bassin par un itinéraire piéton clairement balisé, complété en haute saison par des navettes urbaines fréquentes. De là, les visiteurs peuvent embarquer sur des navettes maritimes vers le Cap Ferret, l’île aux Oiseaux ou les villages ostréicoles, sans avoir à utiliser la voiture.

Ce couplage train-bateau est particulièrement pertinent pour gérer les flux estivaux, souvent synonymes de congestion routière autour du Bassin d’Arcachon. En favorisant l’enchaînement TER + navette maritime, les acteurs locaux réduisent la pression sur les parkings littoraux et améliorent le confort des visiteurs. Pour le touriste, l’expérience devient plus fluide mais aussi plus qualitative : l’accès à la destination se fait déjà en mode « découverte », par la mer, avec une lecture du paysage assurée par des guides ou des audioguides embarqués.

Les opérateurs ferroviaires et maritimes expérimentent par ailleurs des tarifications combinées, incluant trajet en train, traversée et parfois même location de vélo à l’arrivée. On passe ainsi d’une logique de transport morcelé à une véritable offre de mobilité touristique intégrée. À l’avenir, l’enjeu sera d’industrialiser ce type de montage sur d’autres gares littorales et fluviales de Nouvelle-Aquitaine, afin de proposer une alternative crédible à la voiture sur l’ensemble du littoral atlantique.

Desserte TER Nouvelle-Aquitaine et maillage territorial des destinations touristiques

Au-delà de l’architecture des gares, c’est bien la qualité de la desserte TER Nouvelle-Aquitaine qui conditionne le rôle du rail dans le développement du tourisme aquitain. Avec plus de 3 500 kilomètres de lignes et plusieurs dizaines de gares desservies chaque jour, le réseau régional offre un maillage fin des destinations, des grandes stations balnéaires aux bourgs ruraux. Pour le visiteur français ou étranger, cette densité de l’offre ferroviaire permet de construire des itinéraires sans voiture, combinant littoral, vignobles, villes d’art et villages classés. Comment ce maillage se traduit-il concrètement sur les principaux axes touristiques ?

Ligne Bordeaux-Arcachon : fréquences estivales et flux baignade

La ligne TER Bordeaux-Arcachon est sans doute l’une des plus emblématiques pour mesurer l’impact direct du ferroviaire sur les flux touristiques. En période estivale, la fréquence des trains est renforcée, avec des départs pouvant descendre à un pas de 20 minutes aux heures de pointe balnéaire. Cette intensification de l’offre répond à une demande très forte de « flux baignade », c’est-à-dire de voyageurs qui partent pour la journée se baigner ou se promener sur le front de mer avant de revenir à Bordeaux le soir.

En pratique, cette desserte cadencée transforme le Bassin d’Arcachon en véritable prolongement balnéaire de la métropole bordelaise, accessible sans voiture en moins d’une heure. Pour beaucoup de familles et de jeunes, prendre le TER vers Arcachon est devenu un réflexe, comparable à l’usage d’un métro en milieu urbain. La gare d’Arcachon, en bout de ligne, a ainsi vu son trafic augmenter significativement, avec une part croissante de voyageurs occasionnels et de touristes internationaux, notamment depuis la mise en service de la LGV Paris-Bordeaux.

Cette dynamique suppose toutefois une gestion fine de la capacité, notamment pour absorber les pics de fréquentation lors des week-ends de forte chaleur. La SNCF et la Région expérimentent donc des outils de prévision des flux et de communication en temps réel afin d’orienter les voyageurs vers des trains moins chargés. Comme pour une plage qui sature, la clé consiste à répartir les arrivées dans le temps, grâce à une information claire et à des tarifs incitatifs en heures creuses.

Axe Bordeaux-Hendaye : haltes stratégiques à biarritz et Saint-Jean-de-Luz

Sur l’axe Bordeaux-Hendaye, véritable colonne vertébrale de la façade atlantique sud, les arrêts à Biarritz et Saint-Jean-de-Luz jouent un rôle stratégique pour le tourisme basque. Ces gares, desservies à la fois par des TER et des trains grandes lignes, ouvrent un accès direct aux plages, aux spots de surf, mais aussi aux centres historiques et aux événements culturels. En saison, certaines circulations TER sont ajustées pour coïncider avec les horaires des festivals, compétitions sportives ou grandes manifestations locales.

La gare de Biarritz, par exemple, est connectée à un réseau de bus urbains et de navettes plage qui permettent de rejoindre en quelques minutes la Grande Plage, la Côte des Basques ou le quartier de la Négresse. À Saint-Jean-de-Luz, un cheminement piétonnier agréable relie la gare au centre et au front de mer, renforcé par des services de location de vélos pour explorer le littoral. On assiste ainsi à la constitution de corridors ferroviaires touristiques, où chaque arrêt devient une porte d’entrée vers une expérience spécifique : surf, thalasso, patrimoine ou gastronomie basque.

Pour les hébergeurs et les offices de tourisme, cette desserte régulière par TER constitue un argument commercial fort. De plus en plus d’établissements promeuvent la venue en train, en proposant par exemple des transferts gratuits depuis la gare ou des réductions pour les clients qui présentent un billet ferroviaire. Cette synergie rail-tourisme est d’autant plus stratégique que les côtes basques sont confrontées à des enjeux de saturation routière et de stationnement, particulièrement sensibles dans le débat public local.

Desserte de périgueux pour l’accès au périgord noir et lascaux IV

Si le littoral attire une part importante des flux, les gares de l’intérieur, comme Périgueux, jouent un rôle tout aussi essentiel pour le tourisme patrimonial. La ville, desservie par des lignes TER en provenance de Bordeaux, Limoges et Brive, constitue un point de rabattement vers le Périgord Noir et les grands sites préhistoriques, dont Lascaux IV. Des services réguliers d’autocars et de taxis partagés relient la gare aux vallées de la Vézère et de la Dordogne, permettant aux visiteurs de construire un itinéraire entièrement en transports collectifs.

Concrètement, un touriste arrivant en TGV à Bordeaux peut emprunter un TER vers Périgueux, puis une navette régionale jusqu’à Montignac-Lascaux, le tout avec un temps de trajet maîtrisé. Ce type de chainage multimodal, longtemps perçu comme complexe, devient plus lisible grâce au développement de plateformes d’information intermodales et à une meilleure coordination entre la Région, les intercommunalités et les opérateurs privés. Comme un puzzle dont les pièces s’emboîtent enfin, la desserte ferroviaire structure ici la découverte d’un territoire rural réputé pour son patrimoine, mais historiquement dépendant de la voiture.

À moyen terme, l’enjeu est de renforcer l’effet de réseau en améliorant les fréquences de TER sur certaines sections et en développant des services à la demande depuis les gares secondaires. Cette approche permettrait de mieux répartir les visiteurs sur l’ensemble du Périgord, en valorisant aussi des sites moins connus, mais tout aussi remarquables, limitant ainsi les risques de sur-fréquentation sur quelques points iconiques.

Connexions vers les vignobles : gares de pauillac et Saint-Émilion

Les vignobles bordelais, piliers du tourisme en Aquitaine, bénéficient également de l’effet structurant du réseau TER. Les gares de Pauillac et de Saint-Émilion, chacune sur leur ligne respective, offrent un accès direct aux appellations médocaines et aux grands crus de la rive droite. Pour de nombreux visiteurs, notamment étrangers, la possibilité de rejoindre ces destinations viticoles en train constitue un atout majeur, évitant la contrainte de la conduite après dégustation.

À Saint-Émilion, une navette saisonnière relie la gare au village médiéval et aux domaines viticoles partenaires. Des sentiers balisés permettent aussi de parcourir à pied ou à vélo les paysages de vignes depuis le quai, renforçant l’image d’un œnotourisme responsable. Du côté de Pauillac, la gare est le point de départ de circuits combinant visite de châteaux, croisières fluviales sur la Gironde et découverte des estuaires. Dans les deux cas, la desserte TER s’articule avec une offre de visites guidées et de dégustations, souvent réservables en ligne en complément du billet de train.

On observe ainsi la montée en puissance de formules « tout compris » intégrant transport, visites et parfois hébergement, portées par les châteaux eux-mêmes, les agences réceptives ou les plateformes de réservation. Le rail devient alors l’ossature de séjours à forte valeur ajoutée, où la qualité de l’expérience prime sur la simple accumulation de kilomètres parcourus en voiture.

Partenariats rail-tourisme et offres packagées par les opérateurs ferroviaires

Pour que le train devienne une véritable alternative à la voiture dans les pratiques touristiques, l’amélioration de la desserte ne suffit pas. Les opérateurs ferroviaires, en lien avec les collectivités et les professionnels du tourisme, développent de plus en plus de partenariats rail-tourisme et d’offres packagées. L’objectif : simplifier la vie du voyageur en regroupant transport, activités et parfois hébergement dans une même proposition commerciale, claire et compétitive. Cette logique de « tout-en-un » est particulièrement efficace pour séduire une clientèle internationale ou néophyte, peu familière avec la géographie régionale.

Pass Train+Vélo SNCF pour le cyclotourisme sur la vélodyssée

Le développement du cyclotourisme en Aquitaine, porté notamment par l’itinéraire de la Vélodyssée le long de la côte atlantique, s’appuie largement sur l’offre TER. Des Pass Train+Vélo sont proposés sur certaines lignes, combinant un billet régional à tarif réduit et un service de transport ou de location de vélo. Cette formule répond à une problématique simple : comment rejoindre son point de départ ou revenir à sa gare d’origine sans devoir organiser un transfert complexe de matériel ?

Sur des gares comme Hendaye, Bayonne, Dax, Arcachon ou Bordeaux, des emplacements vélos renforcés à bord des TER, couplés à des partenariats avec des loueurs locaux, facilitent la pratique. Vous pouvez ainsi arriver en train, louer un vélo à proximité immédiate du quai, parcourir un tronçon de la Vélodyssée, puis reprendre un TER dans une autre gare en fin de journée. Le train devient l’épine dorsale de l’itinérance, comme un fil conducteur discret mais indispensable.

Au-delà de la dimension pratique, ces Pass Train+Vélo ont un effet pédagogique important : ils incitent à penser le séjour touristique en mobilité douce intégrée. Pour les territoires traversés, l’enjeu est de se coordonner afin d’offrir un niveau de service homogène (parkings sécurisés, réparation, bagagerie) et de faire émerger une véritable « culture du voyage combiné » auprès des visiteurs.

Billettique intégrée avec les sites culturels : cité du vin et grotte de lascaux

Autre axe de développement majeur : l’intégration de la billettique ferroviaire avec celle des grands sites culturels. Des expérimentations menées en Nouvelle-Aquitaine visent par exemple à proposer des billets combinés train + entrée de musée, comme pour la Cité du Vin à Bordeaux ou la Grotte de Lascaux IV en Dordogne. Le principe est simple : en une seule transaction, vous réservez votre trajet TER et votre visite, avec souvent un avantage tarifaire ou un coupe-file à l’arrivée.

Ce type d’offre présente plusieurs bénéfices. Pour le visiteur, il simplifie la préparation du séjour et réduit l’incertitude liée aux capacités d’accueil des sites culturels. Pour les gestionnaires de ces équipements, il permet d’anticiper les flux, d’ajuster les jauges et d’encourager la venue en transport collectif. C’est un peu comme si le billet de train devenait un passeport touristique, ouvrant automatiquement des droits à des expériences sur place.

Sur le plan technique, la billettique intégrée suppose une interopérabilité entre systèmes et une gouvernance partagée entre opérateurs de transport, régions et gestionnaires de sites. Si ces montages sont encore en phase de généralisation, ils préfigurent une nouvelle façon de concevoir la relation entre rail et tourisme, davantage fondée sur la co-construction d’offres que sur la simple juxtaposition de services.

Forfaits œnotouristiques combinant TER et châteaux viticoles médocains

Dans le Médoc, plusieurs acteurs expérimentent des forfaits œnotouristiques combinant transport en TER et visite de châteaux viticoles. Concrètement, il s’agit de packs incluant un aller-retour en train jusqu’à des gares comme Pauillac ou Margaux, un transfert (navette, vélo, marche accompagnée) jusqu’aux propriétés partenaires, puis des visites de chais et dégustations commentées. Ces produits peuvent être vendus en ligne via les plateformes des opérateurs ferroviaires, des offices de tourisme ou des agences spécialisées.

Pour le touriste, l’intérêt est double : d’une part, la logistique de transport est prise en charge de bout en bout ; d’autre part, la sélection des domaines garantit une certaine qualité d’expérience. C’est l’équivalent d’une route des vins « sous escorte », où vous n’avez qu’à suivre le programme, sans vous soucier des contraintes de circulation ou de stationnement. Pour les châteaux, souvent situés en milieu rural, l’accès ferroviaire via ces forfaits ouvre de nouveaux marchés, notamment internationaux.

À l’échelle régionale, ces offres packagées contribuent à ancrer l’idée que le train n’est pas seulement un moyen de se rendre d’un point A à un point B, mais un élément central du produit touristique lui-même. L’enjeu pour les années à venir sera de multiplier ce type de montages sur d’autres filières (thermalisme, surf, patrimoine UNESCO) en capitalisant sur les infrastructures existantes.

Valorisation du patrimoine ferroviaire comme levier d’attractivité touristique

Au-delà de son rôle fonctionnel, le réseau ferré aquitain recèle un patrimoine historique et architectural qui devient, lui aussi, un levier d’attractivité touristique. Nombre de gares régionales, viaducs, tunnels et ouvrages d’art témoignent de l’épopée ferroviaire du XIXe siècle, et suscitent l’intérêt des amateurs d’histoire, de photographie ou d’architecture industrielle. Pourquoi ne pas transformer ces infrastructures en véritables objets de visite, à l’instar des vieux ports ou des citadelles ?

Plusieurs initiatives vont déjà dans ce sens. Certaines gares emblématiques, comme Bordeaux-Saint-Jean, Dax ou Biarritz, font l’objet de visites guidées ponctuelles, intégrant la découverte de leurs façades, de leurs halls monumentaux et de leurs anciens aménagements techniques. Des expositions temporaires, organisées dans les halls ou les passages souterrains, retracent l’histoire des lignes et des trains, parfois en lien avec des événements culturels régionaux. En Dordogne ou dans les Pyrénées, d’anciennes lignes sont reconverties en voies vertes, permettant de parcourir à pied ou à vélo les anciens tracés ferroviaires tout en découvrant les ouvrages d’art qui les jalonnent.

Cette valorisation du patrimoine ferroviaire va de pair avec une diversification des usages. Des gares désaffectées sont transformées en maisons de pays, en cafés associatifs, en espaces de coworking ou en lieux culturels, devenant autant de points d’ancrage pour un tourisme de proximité. Pour les territoires, c’est une manière de préserver une mémoire collective tout en répondant à de nouveaux besoins. Pour les visiteurs, c’est l’occasion de vivre une expérience différente, à mi-chemin entre voyage dans le temps et pratiques contemporaines.

À plus long terme, la Nouvelle-Aquitaine pourrait structurer de véritables itinéraires thématiques autour du ferroviaire : circuits de découverte des grandes gares régionales, parcours autour des viaducs remarquables, festivals organisés dans d’anciens dépôts ou ateliers. Comme un fil rouge à travers la région, ce patrimoine ferroviaire rappellerait que le train n’est pas seulement un outil de mobilité durable, mais aussi une composante forte de l’identité aquitaine.

Signalétique touristique en gare et dispositifs d’information voyageurs

Pour que les gares régionales jouent pleinement leur rôle de portes d’entrée touristiques, la qualité de la signalétique et de l’information voyageurs est déterminante. Un touriste qui descend du train à Dax, Arcachon ou Périgueux doit pouvoir comprendre en quelques secondes où se trouvent la sortie, les correspondances, l’office de tourisme, les principaux sites à visiter. À l’inverse, une signalétique confuse ou uniquement pensée pour les habitués peut rapidement générer de la frustration et nuire à l’image de la destination.

En Aquitaine, de nombreux pôles d’échange ont engagé un travail de co-branding entre signalétique ferroviaire et signalétique touristique. Concrètement, cela se traduit par l’ajout de pictogrammes normalisés, de codes couleurs, de plans de ville simplifiés et de totems d’accueil multilingues dans les halls et sur les parvis. Des écrans dynamiques diffusent en temps réel à la fois les informations de circulation des trains et des autocars, mais aussi les événements culturels, expositions, marchés et animations à proximité. Cette approche intégrée aide le voyageur à passer du temps du transport au temps du séjour sans rupture.

Les dispositifs numériques jouent également un rôle croissant. Des QR codes, placés à des points stratégiques des gares, renvoient vers des cartes interactives, des audioguides ou des suggestions de parcours à pied depuis la gare (balades de 30 minutes, 2 heures ou demi-journée). Certains offices de tourisme expérimentent des chatbots ou des bornes interactives permettant de personnaliser l’information en fonction du profil du visiteur (famille, cyclotouriste, curiste, etc.). L’objectif est de passer d’une information statique, centrée sur les horaires, à une information « inspirante » qui donne envie de rester et d’explorer.

Les enjeux d’accessibilité et de langues ne sont pas oubliés. Les gares touristiques les plus fréquentées veillent à proposer une signalétique adaptée aux personnes à mobilité réduite, aux personnes âgées ou aux familles avec poussettes, en s’appuyant sur des parcours sans obstacle et des indications claires. L’usage de plusieurs langues, notamment l’anglais et l’espagnol, est renforcé sur les supports clés, en cohérence avec les clientèles étrangères qui fréquentent la région. En rendant la gare plus lisible, on rend aussi l’ensemble de la destination plus accueillante.

Impact économique de la LGV SEA sur le tourisme girondin et basque

L’ouverture de la LGV Sud Europe Atlantique (SEA) entre Tours et Bordeaux a constitué un tournant majeur pour le tourisme en Gironde et, par ricochet, sur la côte basque. En réduisant le temps de trajet Paris–Bordeaux à environ 2 heures, la ligne à grande vitesse a profondément modifié la géographie des séjours, en rendant possible des escapades de courte durée qui, auparavant, nécessitaient au minimum un week-end complet. Bordeaux est ainsi devenue l’une des principales « city break » françaises accessibles en train, avec des retombées économiques significatives pour l’hôtellerie, la restauration et les activités culturelles.

Cette accessibilité renforcée profite directement aux gares régionales connectées au nœud bordelais. De nombreux touristes arrivant en TGV poursuivent leur voyage en TER vers Arcachon, le Médoc, le Bassin d’Arcachon ou le Pays basque. On observe une sorte d’effet entonnoir inversé : la grande vitesse concentre les flux sur Bordeaux, puis le réseau régional les diffuse vers l’ensemble du territoire aquitain. Pour les destinations littorales comme Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz, les gains de temps cumulés entre Paris et la côte, via correspondance à Bordeaux, rendent le train concurrentiel par rapport à l’avion, notamment si l’on prend en compte les temps d’accès aux aéroports.

Sur le plan économique, l’impact de la LGV se mesure à la fois en volume de nuitées supplémentaires et en montée en gamme des clientèles. Des clientèles à fort pouvoir d’achat, notamment parisiennes et internationales, intègrent désormais plus facilement Bordeaux et la côte basque dans leurs itinéraires européens. Cela se traduit par une augmentation des dépenses dans l’hôtellerie haut de gamme, la restauration gastronomique, l’œnotourisme et les expériences sur mesure. Par effet d’entrainement, les territoires desservis par les gares TER de proximité bénéficient également de cette nouvelle attractivité.

Bien sûr, cet essor pose des questions en matière de gestion des flux, de pression sur le logement ou de préservation des espaces naturels, en particulier sur le littoral. C’est là que le rôle des gares régionales et du réseau TER redevient central : en structurant des alternatives crédibles à la voiture, en répartissant les arrivées sur plusieurs points du territoire et en favorisant les séjours en mobilité douce, le ferroviaire aquitain peut contribuer à un tourisme plus soutenable. La LGV SEA n’est donc pas seulement une autoroute à grande vitesse vers le Sud-Ouest, mais un catalyseur qui, bien articulé au réseau régional, renforce le rôle des gares comme pivots d’un tourisme durable en Nouvelle-Aquitaine.